textes et musiques originales
- Tu sais qu'Alice et Pierre se séparent ?
J'étais bien placé pour le savoir, mais je ne voulais pas que cela se sache.
- Sans blague ?
- Alice vient de me le dire. Pierre s'est barré. Il "ne la supporte plus", à ce qu'il paraît.
Mon interlocutrice, c'était Béatrice, la copine d'Alice. Elle me scrutait de ses petits yeux rusés, mais peine perdue, j'en ai vu d'autres.
- Et Alice, elle prend ça comment ?
- Elle est effondrée ! Qu'est ce que tu crois ? Et Mia, on n'en parle pas.
- Elle lui a dit ?
- Pierre lui a dit. Le même refrain : "Je ne supporte plus ta mère", tu vois ça, toi ? Comment veux-tu qu'une gosse de cinq ans comprenne un truc pareil ? Que son père ne supporte plus sa mère ?
- Tu sais, elle s'en est peut-être aperçue...
C'était un peu osé de ma part. Béatrice n'a pas laissé passer.
- Tu déconnes ? A cinq ans ?
- Hmm... tu sais, ça bardait, parfois, entre eux... C'était... vraiment tendu...
- Pas devant Mia, Alice me l'a dit.
Et je pensais... "Même devant Mia", Pierre me l'a dit. Mais qui croire, n'est-ce pas ?
- Et Pierre, tu ne sais pas ou il est, non ?
Le piège, bien sûr.
- Non.
Et le mensonge. Pierre était chez moi, mais il m'avait fait jurer de la fermer, et je peux rien refuser à Pierre.
- Alice est sûre qu'il a quelqu'un.
- Ah... ?
Et comment, qu'il avait quelqu'un ! Estelle, la soeur d'Alice, marraine de Mia ! Mais Alice aussi avait quelqu'un... et pas n'importe qui, rien d'autre que Guilâd, le copain de Béatrice, celle-là même qui me scrutait de ses petits yeux rusés dans l'espoir d'obtenir l'indice qu'Alice recherchait. La situation était un brin tordue.
- Putain, ça me fout les boules, tout ça... Je les revois, tous les deux, tu te rappelles cette soirée, quand Pierre a joué de la guitare au Sunset avec toi et Claude ? Et Alice qui le dévorait des yeux ?
Oui, je me rappelais... Pierre, Alice, Béatrice, Claude, Guilâd, Moi... Cette soirée... Un parfum d'amour et d'entente éternelle... Pierre avait dédicacé un morceau à Alice, une ballade romantique de sa composition. Alice était montée sur scène et avait embrassé Pierre d'une façon plutôt osée, au vu de tous. La ballade s'appelait "Mia", et c'est comme cela qu'ils avaient appelés plus tard leur petite fille.
Alors que je me demandais si j'allais me souvenir de cette mélodie, elle me revint d'un seul coup en tête, presque avec violence. Comme si c'était hier, mais avec le visage interrogatif de Mia en surimpression.
Mia